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Yolaine de la Bigne : Constatez-vous une véritable
évolution ?
Teddy Follenfant : Incontestablement ! Il y a cinq ans le dis-
cours était encore très marqué par le marketing et l'effet
de mode. Aujourd'hui, les chefs d'entreprise ont compris
les véritables difficultés de l'enjeu et savent ce qui les at-
tend : un bouleversement en profondeur. Certains recon-
naissent d'ailleurs leurs faiblesses, ce qui est bon signe pour
de véritables efforts.
YB : Le terme même de développement durable n'est-il
pas ambigu ? Il sous-entend continuer la course folle
à la croissance qui entraîne parfois certains excès ?
TF : Il s'agit surtout d'un changement éco-
nomique respectant l'environnement mais
qui continue d'apporter l'emploi et la
croissance aux hommes, notamment dans
les pays pauvres. Les patrons veulent tou-
jours aller de l'avant, c'est leur travail, mais
avec de véritables valeurs comme l'aména-
gement du territoire et aussi de nouvelles
techniques. Des pans entiers de nos indus-
tries vont être abandonnés et des secteurs
primordiaux vont exploser, comme la gestion
des déchets par exemple.
YB : Défendre l'environnement, c'est défendre aussi
les hommes, et donc les femmes, qui y vivent.
Dans votre livre vous abordez la question de la parité.
Où en est-on ?
TF : Il est clair que cela fait partie des points faibles. La plu-
part le regrettent mais continuent de régner sur des direc-
tions à grande majorité masculine. Mais il y a cinq ans, nous
n'avions interrogé que des hommes. Cette année, nous
avons interviewé une femme, ce n'est pas grand progrès
mais c'est déjà ça ! D'autant qu'elle est formidable, Myriam
Maestroni, directrice générale de Primagaz qui est arrivé
dans un univers de machos et qui s'est particulièrement
bien adaptée. Quand, par exemple, elle veut être plus pro-
che de ses clients et qu'on arrête de leur vendre des « ci-
ternes » cela provoque un choc culturel dans l'entreprise,
alors elle n'hésite pas à faire installer sur le parking une
citerne rose bonbon pour rappeler à chacun ce change-
ment ! Je pense que les femmes donnent un autre sens à
une entreprise.
YB : On a le sentiment que certains chefs
d'entreprise restent sur la défensive comme René
Carron, président de Crédit Agricole SA, à propos
des OGM ou de la pollution de l'agriculture.
Ou Christophe de Margerie, Directeur général
de Total qui ne semble pas prêt à certaines remi-
ses en question.
TF : Il y a les entreprises et puis il y a les hommes
avec leur culture, leur vécu. René Carron est un
terrien, il réagit en homme issu du milieu paysan.
Quant à Total, il y a cinq ans, j'ai été reçu par le
P-Dg de l'époque, Thierry Desmarest d'une façon très pro-
tocolaire, tout au sommet de sa tour, tel Dieu qui refusait
de répondre aux questions qui l'embarrassait. Cette année,
le changement d'accueil était très significatif : Christophe
de Margerie m'a donné rendez-vous dans un café et a ac-
cepté de parler de tout, notamment sur l'action de Total en
Birmanie. Il considère qu'imposer un embargo fait davanta-
Cinq ans après avoir interrogé vingt et un patrons
de grandes entreprises*, Teddy Follenfant signe
un nouveau livre pour faire un bilan de leurs actions**.
Alors ? Jolis progrès, mais le chantier reste vaste...
Par Yolaine de la Bigne
Développement durable :
PATRons, qu'AvEz-vous FAIT ?
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